La loi ne laisse plus de place au flou : depuis le 1er janvier 2020, l’article 750-1 du Code de procédure civile impose une tentative de résolution amiable pour de nombreux litiges civils avant toute saisine du juge. Cette obligation s’applique principalement aux affaires de moins de 5 000 euros ou relevant de certains domaines précis. Le non-respect de cette formalité peut entraîner l’irrecevabilité de la demande en justice, sauf exceptions prévues par la loi. Pourtant, des incertitudes persistent sur la portée exacte de cette règle et sur les modalités concrètes que doit suivre le justiciable pour se conformer à l’exigence légale.
Ce que prévoit l’article 750-1 du Code de procédure civile : champ d’application, objectifs et enjeux pour les justiciables
L’article 750-1 du Code de procédure civile vient bouleverser l’approche des litiges civils en France. Le texte impose, pour certaines affaires soumises au tribunal judiciaire, d’avoir tenté un mode amiable de résolution avant de saisir un juge. Cette étape préalable concerne les demandes dont l’enjeu financier ne dépasse pas 5 000 euros, mais aussi des litiges bien identifiés par décret ou loi : problèmes de voisinage, bornage ou servitudes, pour ne citer que ceux-ci.
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Derrière cette nouvelle étape, on devine l’intention du législateur : désengorger les tribunaux et replacer l’accord au centre, face à l’escalade judiciaire. L’évolution de la procédure civile vise à pacifier les relations, tout en facilitant l’accès au droit. Le justiciable doit désormais explorer la conciliation, la médiation ou la procédure participative, conformément aux articles du code de procédure civile.
La règle n’est pas universelle, mais son impact, lui, s’étend. Avocats et magistrats intègrent désormais cette étape dans leur pratique. Plusieurs enjeux se dessinent : éviter de voir sa demande rejetée, maîtriser les délais, convaincre le juge que la tentative de règlement amiable a bien eu lieu. Le code de procédure s’enrichit ainsi d’une exigence supplémentaire, qui bouscule les habitudes et redéfinit en profondeur l’accès à la justice civile.
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Résolution amiable préalable : démarches concrètes, exceptions et conséquences en cas de non-respect
La tentative de résolution amiable s’impose, en pratique, comme une étape structurante dans le traitement des conflits civils. Plusieurs options s’offrent au justiciable, chacune encadrée par des démarches précises :
- conciliation menée par un conciliateur de justice
- médiation indépendante
- procédure participative orchestrée par les avocats
Pour engager cette tentative, il faut en passer par des actes concrets. Prendre rendez-vous avec un conciliateur, solliciter un médiateur agréé, signer une convention sous l’égide d’avocats dans le cadre d’une procédure participative : chaque mode exige une démarche formalisée. Il ne suffit pas de dire qu’on a essayé, il faut le prouver. Un procès-verbal d’échec, un constat de non-conciliation ou une attestation d’avocat sera exigé au dossier pour attester du sérieux de la tentative.
Toutes les affaires ne sont pas concernées. Certains domaines échappent à cette formalité :
- L’urgence manifeste du litige
- L’absence de conciliateur dans un délai raisonnable
- Un motif légitime reconnu par la loi ou la jurisprudence
Concrètement, les conflits familiaux, la défense d’une personne vulnérable, ou les contestations portant sur l’état des personnes ne sont pas soumis à cette obligation préalable.
Ignorer cette étape n’est pas anodin. Le juge peut refuser d’examiner la demande si le recours préalable n’a pas été respecté. Cette rigueur, bien réelle, est désormais la norme depuis les dernières évolutions du droit processuel. Sur le terrain, avocats et magistrats scrutent la réalité de la démarche amiable et la qualité des justificatifs fournis. La résolution amiable des litiges s’enracine donc dans la procédure civile et transforme, petit à petit, la façon dont on envisage le procès.
Désormais, avant de pousser la porte du tribunal, il faut s’arrêter un instant, tenter la main tendue, et garder la preuve de ce geste. La justice civile n’a pas simplement changé de décor : elle a bougé ses premières pierres.

